mardi, juillet 27, 2010

La bière donne soif, ça tombe bien il pleut.

Nous étions prévenus: "heim" est un village. Et après un ultime et péremptoire "à 200 mètres, Tournez à gauche", l'idiote nous annonça "Vous êtes arrivés à votre destination". Le bled était désert. Les petites maisons, parfaitement soignées, étaient alignées suivant un ordre rigoriste so germanique. Pas un péquin à l'horizon, un instant j'ai cru voir un rideau bouger, mais rien n'était moins sûr. Il y avait tellement personne que lorsque nous nous garâmes devant l'hôtel, la réceptionniste sortit de la taverne voisine pour venir nous accueillir. Du jamais vu.
Aaahhhhh! la réceptionniste! Je crois que les choix vestimentaires des allemands n'auront de cesse de m'étonner: une quinquagénée habillée en Diam's croisée avec Paris Hilton, ça nous a laissé un brin pantois. Ce qui ne fit que rajouter au léger malaise post arrivée dans le village des damnés. Bien entendu dans un village aussi petit, la réceptionniste est également serveuse, femme de chambre, barmaid et peut être aussi maire, mais ce n'est pas certain. Première bonne nouvelle: elle parle anglais, ce qui n'empêche absolument pas ma mère de continuer à lui parler en français, comme si de rien était. Ce qui a pour conséquence de faire naître chez elle un léger tremblement de la lèvre supérieure, signe évident de sa déroute intérieure... Was? Et là mon père de caser la blague du séjour: "vasistas!" le tremblement se fit plus prononcé. Je coupais court à la dérive collective au pays de l'absurde en m'emparant des clefs et en la remerciant poliment.
La découverte de lieu fut à la hauteur de nos espoirs les plus fous: l'endroit est tellement cliniquement propre que les pauvres mouches qui ont eut la mauvaise idée de passer la porte de la gasthaus crèvent de faim illico. En même temps nous n'avons pas tardé à découvrir le secret de leurs jardins généreux: un épandage tout aussi généreux de lisier. Du coup celles qui sont restés dehors mangent pour quatre.
La découverte de la chambre fut également un grand moment. La surprise ne fut pas tant visuelle, la vue des tableaux représentant des pandas en train de jouer dans une jungle de bambous dans le couloir nous ayant déjà fait sentir le goût du fruit (Nous reviendrons lors d'un prochain post sur l'importance du panda dans la décoration intérieure locale). Non, la surprise fut olfactive: sur la vingtaine de chambres de cet honorable établissement, il a bien évidemment fallu que j'ai LA chambre qui pue. Vu l'odeur je suppose que les précédents clients avaient tous un problème de sudation excessive des pieds et tentaient de le résoudre en les trainant sur la moquette. A moins que ce ne soit un revêtement de sol recyclé réalisé à partir de vieille chaussettes de foot. Vu le goût allemand pour l'écologie, la seconde option est totalement envisageable. Du coup je vis la fenêtre ouverte, ce qui comporte un double inconvénient. Tout d'abord, ici nous sommes à la fin du mois d'octobre. Il fait 13°C et il tombe des cordes. D'autre part, l'hôtel est quasiment adossé à l'église du village, qui a pour spécificité de sonner tout les quarts d'heure. Un coup pour le quart, deux pour la demi et trois pour moins le quart. Et bien évidemment un nombre de coups équivalent à l'heure pile. Et ce, oh divine surprise de jour comme de nuit. La région a moins de 2% de chômage et je les soupçonne d'avoir embauché un type juste pour donner des coups de marteau sur la cloche suivant la partition expliquée ci-dessus. Du coup l'alternative est simple: c'est soit boule quiès et air frais raffermissant les chairs ou bien calme absolu mais je dors dans un pieds géant. De toute façon ceci importe peu vu que l'intégralité du village démarre au lever du soleil. Notons bien que la femme de chambre passe l'aspirateur dans le couloir à 7h30. Bonheur.

Puis est arrivée l'heure de dîner et nous avons découvert la taverne attenante.