lundi, juillet 26, 2010

J'voulais rester à la cité mon père m'a dit "Nein nein nein"



Une des difficultés lorsque l'on est artiste est de se faire exposer. Alors lorsque l'on m'a gentiment proposé de montrer mes toiles en Allemagne, j'ai dit OUI. Un gros OUI, sans savoir où, comment, ni pourquoi. En bon enfant unique qui se respecte, mes parents se sont trouvés embarqués dans l'aventure, bienheureux de pouvoir aider leur own private Leonardo.

Nous voici donc au départ de Paris, la voiture remplie à ras bord façon tonton du bled, mais version quinzième représente: trop de bagages, des toiles à foison et une glacière remplie de sandwich aux rillettes de canard et foie gras. No comment. Nous avons facile huit heures de route devant nous, ce qui nous laisse tout le temps d'avoir une multitude de discussions fascinantes (t'as pensé à bloquer les fenêtres? Zut j'ai oublié le papier avec l'adresse de l'hôtel. Ah bah non, il est là en fait). Et puis une fois que nous aurons épuisé tous les sujets, l'avantage d'avoir un GPS ainsi qu'un détecteur de radars, c'est que les deux idiotes pourront prendre le relais (mise à jour satellite en cours, dans deux kilomètres tournez à droite, mise à jour satellite terminée). Ce sont certes des échanges limités et un tantinet répétitifs, mais au moins ça meuble, à défaut de mettre l'ambiance. Le temps n'était déjà pas brillant au départ de la capitale, mais plus nous nous approchions de la frontière, et plus le temps se dégradait. Et c'est bien évidemment ce moment précis que nous choisissons pour faire un arrêt pic nic. Nous avons donc mangé nos dwich gastronomiques dans la voiture, sous une pluie tambourinante, le tout sur une aire d'autoroute près de Verdun, clin d'oeil du hasard goguenard je suppose. Nous nous sommes empiffrés à l'étroit mais au sec, illustrant à la virgule près ce vieil adage français: "c'est toujours ça que les allemands n'auront pas".

Et puis nous avons repris notre route et peu après, il arriva l'évidence: à force de pousser vers l'Est, nous passâmes la frontière. Il était impossible de l'ignorer car l'idiote des radars c'était tue et les conducteurs faisaient allègrement du 160km/h. Et puis la musique était devenue "différente", terme politiquement correcte pour dire handicapée. Car si les allemands savent y faire avec la minimale, il en est tout autre pour la variété. Mon Dieu! c'est un coup à vous faire regretter Christophe Maé. Et ce n'est pas comme si je n'étais pas au courant. Au cours de mes 4 ans de formation strasbourgeoise, j'avais déjà pu constater qu'ils étaient "spéciaux". Mais comme tout traumatisme, on finit toujours par l'enfouir au plus profond de son inconscient. Là tout m'est revenu d'un coup. Bam. Le flash stroboscopique. Le mauvais trip en somme. Heureusement c'est à ce stade que le GPS nous a demandé de prendre une sortie d'autoroute fermée depuis 2004 (quelle idée de donner le rôle de copilote à un programme, un programme femme qui plus est!). Nous nous sommes donc égarés quelques temps avant que cette dernière ne reprenne ses esprits. L'infâme variété fut alors ,Dieu merci, couverte par les échanges salés de mes parents. Je décidais alors de me rendormir, le moment étant mal choisi pour imiter Papa Schultz (ce qui je pense risque encore de me divertir pendant quelques jours).

La prise de contact avec la réalité allemande eut lieue de manière frontale lors d'un passage au stand. Nous fûmes accueillis aux portes du magasin de la station service par un skateur tyrolien: petit chapeau en feutre avec-les-plumes-sur-le-côté-sinon- c'est-pas-un-vrai, petite veste autrichienne sur un tshirt Oxbow de 98, pantacourt et vans. Mon regard s'est posé sur lui et j'ai entendu la voix des anges. Pas le temps de profiter de cette apparition, mon regard étant immédiatement attiré ailleurs. Saviez vous que les allemands poussent la qualité du service jusqu'à disposer à l'entrée du magasin un bol de croquettes pour chien accompagné de son jumeau rempli d'eau? Et pas une eau pleine de baves de plein de chiens, non non, une eau claire et propre. Je les soupçonne de pousser le vice jusqu'à le remplir avec de l'evian. Je ne pouvais m'empêcher d'imaginer la même situation en France: flotte croupie et à moitié évaporée, croquettes renversées un peu partout. De toute façon en France ça n'existe pas un point c'est tout. Puis vint la découverte de toilettes. Tout d'abord, l'entrée est défendue par un tourniquet hi tech avec des lumières qui clignotent, une version futuriste de ceux de notre métro parisien, te soulageant allègrement de 50 centimes et t'autorisant, ticket à l'appui, à aller te soulager. Passé le premier réflexe français (sauter le tourniquet au nez et à la barbe du monsieur pipi), j'ai rapidement compris pourquoi ils te font payer. En vrai leurs toilettes, c'est eurodisney plus une oeuvre de Valérie Damidot. Et puis il y a les gogues en eux mêmes, sommet de technicité, presque aussi pointu que les japonais. Je ne savais à quoi m'attendre devant les trois cabines occupés, des bruits robotiques étranges s'en échappant. J'imaginais une plongée en mini sous marins dans les égouts, ou C3-PO me proposant de me masser. Puis j'ai vu: cellule de détection de mouvement enclanchant illico une cuvette tournante ET autonettoyante. Un machin au final propre à générer des situations maladroites à la Peter Sellers. Même le PQ était incroyable, un tissus de cellulose certainement lavable à 30°C. N'ayant pas prévu qu'il fasse un temps d'octobre, et n'ayant donc pris que des débardeurs, je décidais d'en subtiliser deux bons mètres afin de le porter en écharpe et d'éviter ainsi la bronchite foudroyante. Sage décision.

Le reste de la route fut à l'image du voyage, éprouvant. Nous avons en effet été suivi par un orage fin du mondesque qui nous offrit quelques sessions d'aquaplanning de toute beauté. Au moins nous en avons désormais la certitude: notre voiture est amphibie.

Je pensais avoir atteint mon quota d'exotisme teuton pour la journée, mais c'était sans compter sur l'arrivée dans la ville en "Heim".

1 Comments:

Blogger Heidi said...

la suite! la suite!!
j'ai adoré - so far so f*biiiip*g good!

8:32 PM  

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