lundi, avril 24, 2006

Final destination , suite et fin.

Airport, ou quand le teen movie vire au film catastrophe.


On avait convenu avec Alex qu'il me laisse un message sur son annonce de repondeur. Il est un des rares americains sans portable. Une fois a JFK, je rallume mon propre telephone cellulaire afin de l'appeller pour savoir ce qu'il en est. Je realise que je n'ai plus de minutes disponibles. Il faut d'urgence que j'achete une carte afin de remettre du temps dans mon telephone. J'appelle le repondeur d'Alex d'une cabine: Il arrive. Sera la vers minuit. m'appelle quand il arrive. Espere bien me trouver.
Il a les references de l'avion, heures d'arrivee, compagnie aerienne.

A partir de cet instant tout est aller de mal en pis. Je ne le sais pas encore mais je m'apprete a vivre la nuit la plus epuisante de foirage. De la loi de murphy dans toute sa splendeur, de l'acharnement du sort.


9h00: Je pars a la recherche de minutes pour mon cell phone. C'est le seul moyen pour Alex de me joindre. On me renseigne sur le terminal 7 ou 4. Direction vers le air train qui relie les differents terminaux. Je trouve un charriot ,du coup je n'ai pas a trimbaler la samsonite en cuir bleu ciel 1964 qu'Aliza a eu la delicatesse de me preter. Je crois encore que la force est avec moi.



9h15:Arrivee au terminal 7 je fais la rencontre de Jordan. Il est responsable du comptoir hotel et location de portable (car oui, ici tu peux louer un portable pour trois jours.) . Je lui demande s'il vend des recharges pour mon truc. Non, il pense que l'on peux seulement les trouver chez Walmart ou dans les convenience stores. Il est deja 9h20 du soir et il faut que je me rende dans un putain de convenience store mais pas trop loin car je dois etre a l'aeroport a minuit. Jordan est marrant. Je lui raconte ma poisse de la journee. Il rigole et decide de m'aider. Il pense m'avoir sorti de ma mauvaise passe et me dis que je n'ai qu'a faire un top up sur my credit card, no Walmart, no convenience store.
Il execute une ou deux manip sur mon portable et commence a parler a Tina, la voix preenregistree de petasse de Virgin mobil qui finit par lui passe Kayla, la vrai hotesse, soualee d'avance, mais professionnelle. Jordan passe un bon moment avec Kayla, lui repetant quatre fois mon numero de carte, il finit par me la passer. Elle prend mon adresse et au bout du compte m'anonce qu'il n'y a pas moyen de faire un top up avec ma visa francaise...

10h00: Je quitte Jordan avec l'adresse d'un seven eleven (le felix potain des amerlocs)ne desesperant toujours pas, decidee a vaincre la legere chienlit qui me colle au basques. C'est alors que je me fait accoster par Joe, qui me demande si je cherche un taxi. Je reponds oui puis comprend que le type n'est pas taxi mais hustler. En gros il emmene des gens sans license. Joe est grand , barbu et un peu rond. Sa chemise de bucheron et son chewing gum bruyant trahissent son origine banlieusarde. Et puis il se met a parler, et je realise qu'il est clairement de Brooklyn. Joe est marrant. Le genre de type qui a fait son education tout seul. Curieux, fute, on commence a discuter en route pour le convenience store.
Je trouve ma recharge sans probleme au seven eleven de Lawrence, soit a petaouchnok de JFK.

11h00: on repart pour l'aeroport. je suis rassuree. Alex va pouvoir m'appeller quand il arrive. Joe m'annonce qu'il n'y a pas d'arrivee avant minuit et demi terminal 4. On continue a discuter alors qu'il tourne dans sa caisse, de terminal en terminal.
On parle de Dean Martin. De la biographie de ce joueur de basket qui s'est tape dix mille femmes. De la difficulte de drague des femmes apres un divorce. Joe m'annonce qu'apres minuit les terminaux sont fermes et peu frequentables apres minuit, et qu'il vaut mieux que j'attende mon ami terminal 4, qui lui est ouvert. Nous continuons a tourner dans JFK en discuttant.

12h00: J'attends d'un instant a l'autre l'appel d'Alex.

12h35: Joe me droppe au terminal 4 et par a la recherche de nouveaux clients. Le terminal 4 est immense. Je n'ai rien avale depuis midi. J'ai fume 15 clopes. Je decide d'investir (10$ le dwich en carton liophylise) dans de la bouffe d'aeroport.

01h15: Je commence a m'inquieter. Pourquoi n'appelle t il pas? Et si il etait au terminal 9? oui mais pourquoi n'appelle t il pas?

01h30: Je rappelle le repondeur , reecoute attentivement: pourquoi dit il "i'll page you" et non "i'll call you". Le doute m'envahit. Je sais ce que c'est un pagger. Et merde. Je demande a un douanier de m'expliquer ce que veut dire le verbe "to pagge". Mes craintes se revelent exactes: to page veut dire faire un appel micro. Il m'annonce egalement que les appels micro sont sectorises, que s'il en a fait un au terminal 9 il y a 1h30, il n'y a pas moyen de l'entendre ici.

01h35: Une lame de panique s'empare de moi. Je presse le pas vers le Air train, direction terminal 9. S'il m'attend depuis minuit, plus le temps passe moins j'ai de chance pour qu'il y soit encore.

01h40: Je suis dans le Air train et realise que dans ma panique je viens de rater le terminal 9. Le train s'enfonce vers l'extemite d'une banlieue inconnue de NY.

01h50: Je suis sur le quaie d'une station de banlieue deserte, au milieu de nulle part, Alex est surement en train de repartir vers Boston. Pourquoi ne m'appelle t il pas? C'est alors que le panneau m'annonce que le prochain train est dans 25 minutes. Il fait froid. Il n'y a personne a part un type louche. Je craque.

02h15: J'arrive dans le terminal depitee. Le seule gardien present a 19 ans. Je l'interromps dans partie de console. Non , il n'y a pas moyen de savoir si quelqu'un a passe une annonce.

03h00: Je ressors fumer ma 50ieme cigarette. Pourquoi ne m'appelle t il pas? Peut etre a t il eu un accident? et s'il s'etait pris un tronc d'arbre? Fantastique au desespoir et a la colere viennent s'ajoutter l'angoisse et la culpabilite. Je me vois devoir annoncer a sa famille son deces lors de son entreprise a venir me chercher en bagnole a point d'heure.

03h30: Je me souviens avoir des polaroids en vrac a prendre. Je decide de photographier cet immense terminal integralement vide. Scene irrelle. Toute vie humaine semble avoir ete aspiree de la surface. Du Robinson Crusoe avec dans le role de Vendredi, un technicien de surface.



04h15: J'ai maintenant une double certitude: Alex est mort et la pellicule de pola a eu un probleme car toutes les photos sont jaunes et ressemblent toutes a des Rothko...Murphy si j'te choppe, je te brise les couilles.

05h00: J'essaiye de m'endormir sur la moquette du hall 3 a cote d'une indienne qui pionse dans du papier journal.

05h15: Je ressors fumer. Les livreurs de journaux commencent a arriver. L'un d'eux regarde mes pola. Il m'offre l'edition du jour dun genre de Sun americain. Il me demande mon number. Je lui dit que je pars pour Munich dans deux heures. Pourquoi Munich? certainnement des reminiscence de Liam Neeson.

05h45: Alex ne viendra pas. J'ai innonde son repondeur de messages. Crescendo. Pas jusqu'a l'insulte mais pire: jusqu'a la froideur sifflante melee d'angoisse. Je repars pour le terminel de Jet Blue, decidee a prendre un vol pour Boston, meme si c'est pour apprendre la mort d'Alex a mon arrivee. Je suis epuisee.

06h00: Il y a un vol a 8h00. L'hotesse m'annonce qu'il est complet. Tout comme celui de 10h00. A vrai dire, elle n'a rien avant 17h00. Et c'est 150$ et par les 45$ parce que c'est a la derniere minute. Je lui demande un instant et par pleurer plus loin.

06h15: L'hotesse a pitie, me demande ce qui m'est arrive. Je lui raconte ma nuit, elle hallucine devant autant de poisse. Elle m'annonce que je suis la premiere a enregistrer sur le vol de 8h00. Elle me fait passer en prioriter. Je me prepare psychologiquement a prendre le vol de 17h00 afin de ne pas avoir de mauvaise surprise.

06h30: J'ai pris mon billet. Alex m'appelle. Il est palot. Je l'entends au son de sa voix. Il a conduit 4 heures allez, 4 heures retour, m'a cherche pendant 2 heures au milieu. Il propose de venir me chercher a Boston vu qu'il a toujours la voiture. Je lui dis que tant qu'a faire, j'aimerais bien faire le trajet aeroport/maison en moins d'une semaine. Merci mais je vais me debrouiller.

08h00: je ne suis pas sure de monter a bord vu que je suis en stand bail, mais bizarrement tout se passe sans accroc.

08h30:L'avion decolle pour Boston et je suis dedans. Incroyable. On a donc de bonnes chances de s'ecraser. Je decide de dormir un peu.


Une heure plus tard j'etais a Boston, Alex etait la et mes parents etaient arrives a Paris, France depuis plus de six heures alors qu'ils etaient partis apres moi. Miami/Boston, 19 heures de voyage.

vendredi, avril 21, 2006

Viva Poppelstrudel!




Les photos du concert sont en ligne: http://www.truthserum.org/images/2006.02.12_bday/
Ne ratez surtout pas les photos de "Fred et Benjo les barjo" en train de faire un lapdance a "Gerry la butch"...

mercredi, avril 19, 2006

Je ne resiste pas...


Notez l'etrange sentiment qui vous envahi apres le rapprochement avec la photo du poste precedent.

mardi, avril 18, 2006

America's most famous fantasy.



J'en connais qui vont etre contents!


http://www.apple.com/trailers/picturehouse/thenotoriousbettiepage/trailer_large.html

lundi, avril 17, 2006

Les femmes, ça crée aussi

par Marie DARRIEUSSECQ
Marie Darrieussecq écrivaine. Dernier ouvrage paru : Zoo (P.O.L).





Men's retreat, Dana Schutz



Venue de la littérature, je découvre le monde de l'art, et j'y apprends beaucoup de choses. Par exemple, que les femmes ne peuvent pas vraiment bâtir d'oeuvre. C'est écrit dans le catalogue consacré au peintre Jean-Marc Bustamante (collection «la Création contemporaine», éditions Flammarion, 2005).
Christine Macel, qui l'interroge avec Xavier Veilhan, lui demande pourquoi les femmes «ne tiennent pas la distance», pourquoi si peu «dépassent les dix ans». «Vous (Bustamante, Veilhan, ou Thomas Hirschhorn, ndlr), vous produisez beaucoup, vous expérimentez dans des dimensions différentes, il y a une sorte de flux. Je me demandais récemment pourquoi ce n'était pas le cas chez les femmes.» Et je pense à Louise Bourgeois, Annette Messager, Gina Pane (ce mot de «flux»), Rebecca Horn ou Jenny Holzer, qui ont encore en effet toutes leurs preuves à faire.
On doit à Christine Macel la décisive exposition Dyonisiac, que j'ai vue début 2005 au Centre Pompidou. Exposition consacrée à des artistes prometteurs, et très instructive : face à la liste des noms, quatorze prénoms masculins, j'en avais conclu qu'il n'y avait aucune artiste prometteuse dans le monde aujourd'hui...
Bustamante renchérit (il faudrait tout citer de son texte inspiré, où l'on retrouve le souffle dix-neuviémiste et grandiose d'un Michelet ou d'un Renan) : «Oui, l'homme a besoin de conquérir des territoires, la femme trouve son territoire et elle y reste... Les femmes cherchent un homme, un homme veut toutes les femmes. La femme, dès qu'elle a trouvé son territoire, elle y reste... Les hommes sont toujours dans la recherche de territoires vierges.»
Selon un préjugé qui remonte aux premières ébauches d'anthropologie, la femme est faite pour l'espace privé (le foyer, le «personnel» que citera plus loin Veilhan) : en bref, l'intériorité vaginale et utérine. Comme si la forme des organes sexuels pouvait fonder une pensée. Une préhistorienne comme Claudine Cohen montre qu'il y a une fiction scientifique totale à penser que M. Cromagnon chassait le mammouth pendant que Mme Cromagnon l'attendait dans la grotte... Tous deux étaient, au mieux et au quotidien, grands chasseurs de féroces belettes.
Il est vrai que dès qu'une femme pénètre sur le soi-disant terrain des hommes, elle se fait traiter de «femme phallique» : c'est le terme de Macel pour décrire Louise Bourgeois. Par un sursaut de pensée historicisante, elle tente ensuite d'excuser ces pauvres femelles attardées : «Les femmes n'ont pu s'exprimer en tant qu'artistes que très récemment, à partir des années 1970, avant il en existait peu.» Sonia Delaunay, Maya Deren, Lili Brick, Germaine Richier, Barbara Hepworth... la liste pourrait être longue de celles qui étaient artistes avant les années 70.
Certes, une femme qui crée doit reprendre des outils ou une langue déjà formatés par un monde d'hommes, ce qui peut ajouter à la confusion de ceux dont la pensée est déjà confuse. Les dominés doivent en effet passer par le champ du dominant pour s'en extraire. Une alternative historique a été de réinventer les outils et symboles traditionnellement féminins, ce qui explique pourquoi les années 70 ont effectivement vu tant de tricots, de draps et de maisons, de sang cyclique et d'humeurs féminines mis en scène dans l'art. Sans rien enlever à leur formidable relecture des corps et des stéréotypes, Orlan, Bourgeois, Messager... ont toutes évolué ensuite dans leurs explorations.
Pourtant, Bustamante leur conteste toute capacité à la mobilité. Je continue à lire, de plus en plus étonnée, apprenant par exemple que Nan Golding n'a «plus vraiment bougé» une fois qu'elle a eu trouvé sa ligne. Mais c'est dans les généralités que Bustamante atteint sa vraie dimension épique : «Les hommes prennent des risques beaucoup plus grands, comme d'être détestés, d'être dans la polémique, d'être longtemps dans des champs difficiles.»
Mais peut-être que Bustamante a raison. A la façon stupide de Monsieur Homais : un discours insultant mais commode, immémorialement conventionnel. C'est tellement rassurant, que la femme reste à la maison ! Avec, en plus (aujourd'hui les femmes travaillent), ce grand frisson à peu de frais, d'avoir l'impression de dire des choses interdites... Aux hommes, donc, les choses difficiles ! Si la femme est faite pour le proche et le facile, c'est sans doute parce que son bébé la tète. Et ce doit être parce qu'elles sont frileuses que les femmes artistes «tricotent» tant, et parce qu'elles sont bornées qu'elles ne cherchent pas à conquérir des «territoires vierges». Il est vrai qu'on trouve encore des gens pour exclure Orlan du champ de l'art, ou Pipilotti Rist, ou Sarah Lucas... Ou pour dire qu'elles ne prennent aucun risque, surtout pas celui d'être détestées... Toutefois, cette notion de risque artistique qu'emploie Bustamante, je la connais bien : elle aussi date un peu, au moins soixante-dix ans, depuis la virile «corne de taureau» de Leiris.
Les femmes artistes seraient donc un peu popotes. Elles se «retranchent dans la case sociale où l'on veut bien les voir» (Veilhan). Mais si on inclut dans la notion d'artiste la musique ou les lettres, alors en effet, une Duras ou une Jelinek ont toujours eu peur de la polémique, une Björk a toujours creusé le même sillon, et Simone Weil était connue pour son côté plan-plan. Ce serait donc en art et strictement en art que les femmes ne sont bonnes qu'à produire des oeuvres au crochet ? Il est vrai qu'il y a les lois du marché... Les galeries, qui les exposent peu... Et certaines femmes elles-mêmes qui, dès qu'elles ont un petit bout de pouvoir, comme Christine Macel, intègrent magnifiquement les préjugés sur leur sexe.
Que les hommes et les femmes produisent des oeuvres différentes me semble une idée riche, intéressante, plus que le prétendu «neutre» souvent mis pour le mot «masculin». Mais comme par hasard, cette différence est généralement utilisée pour minimiser les oeuvres des femmes. Heureusement j'écris, je ne suis pas «artiste», sinon j'oserais penser que j'ai un cerveau, dont la forme n'est pas forcément celle d'une cavité utérine.

Article paru dans Liberation, le lundi 10 avril 2006.

Pour le plaisir, deux autres tableaux de la demoiselle (http://www.cfa-berlin.com/artists/dana_schutz/)


Fanatics, Dana Schutz.


Self Portrait as a Pachyderm, Dana Schutz.